"Pour l'homme au corps solide et à l'esprit serein, le mauvais temps n'existe pas; chaque firmament a sa beauté, et les tempêtes qui fouettent le sang augmentent les battements du coeur." Aujourd'hui je me suis inspiré de cette citation de Jerome K. Jerome pour débuter ma journée. À défaut d'avoir le corps solide et l'esprit serein, au moins je sens la pluie qui me pince la face.
J'ai plutôt concentré mes esprits sur ce qui me plaisait autour de moi à cet instant même. Le fait d'être en congé un jour de semaine alors que la plupart des gens sont au travail procure une certaine joie. Je me sens comme privilégié d'avoir pu m'évader légalement du pénitencier. La température était parfaite à mes yeux. Aucun soleil. Cependant, son absence rend le paysage plus clair. Plus défini. On distingue d'avantage les détails situés au loin comme par exemple les reliefs des montagnes. L'air était humide et ainsi je respirais mieux. On sent le printemps qui s'installe avec ses bonnes et moins bonnes fragrances. Les vents de l'est étaient faibles ce qui est rare dans ce coin de pays. En vélo c'est super mais ça permet aussi de mieux entendre la nature qui s'éveille autour.
Quand je focus sur ce que je viens de décrire et que j'apprécie chaque petites choses, les bornes passent et je ne ressens plus les sensations qui minaient ma balade quelques minutes auparavant. De la magie. Mon carburant.De fil en aiguille, cette magie m'a transporté jusqu'au milieu du village de St-Lambert de Lauzon où pour m'y rendre j'ai pu contempler cette petite route sinueuse bien pavée et calme. À ses abords, une rivière agitée qui se fend sur la pointe d'îlots. De la vieille machinerie agricole abandonnée au bout d'un champs. Des maisons de campagne colorées et reculées sur les terres. Si j'étais millionnaire c'est ce que je ferais de mes journées. Sillonner à vélo les artères du pays tel un microbe dans l'organisme. Quelle belle façon de découvrir de quoi nous sommes fait. De quoi nous vivons québécois et canadiens. J'aime regarder où les gens vivent et m'imaginer comment leur ancêtres ont vécu. Le bike permet cette incursion unique et discrète dans l'univers et l'histoire d'une région.
Mon bidon est vide et la barre tendre n'est plus que poussière de glucose dans mon sang. Je suis également sans le sous. Que je fasse demi-tour ou que je poursuivre droit devant c'est la même distance pour rentrer au bercail. Dans ces circonstances, je préfère poursuivre. L'agonie doit être moins souffrante sur le chemin de l'aventure. Selon mes estimations, j'en ai encore pour 1h30 sur la selle.Je fais tourner les pédales plus vite que je devrais. Le mode ''Energy saving'' serait de mise mais je pousse la machine. La raison est qu'au fond de moi même, je sais que je ne tomberai pas en panne sèche.
Il est assez surprenant de constater comment une bonne humeur et un esprit positif peuvent compenser à des aptitudes physiques diminuées. J'ai la bouche pâteuse, les jambes dures et le ventre qui cri. Qu'à cela ne tienne, j'avance comme un train. Strong. Fast. Un animal. Du moins, c'est comme ça que je me sens :-) Voilà à quoi ressemble un homme qui roule par simple plaisir.
Je rejoins finalement le domicile au bout de 3 heures et 81 km passés sur le bitume. Fatigué mais heureux d'avoir savouré ce super moment à l'extérieur. Sur mon vélo, compagnon fidèle, je n'aurais jamais pu imaginer que ma sortie quotidienne prendrait cette tournure. J'adore ce genre de surprise. Je me délecte encore de cette opportunité. Rien d'extraordinaire pour vous probablement mais tellement ressourçant pour l'auteur. Et cette fois il n'y a pas de regrets, cet épisode je l'aurai pleinement apprécié.


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